Accepter le jusant : quand l’énergie se retire pour mieux revenir

Tout comme la Rance dévoile ses grèves à marée basse, notre corps a besoin de ces temps de repli après une épreuve. À quoi bon résister à ce reflux naturel ?

À marée basse, une vaste plage de sable s'étend sous un ciel nuageux bleu-gris, tandis que les eaux peu profondes reflètent la lumière douce. Des épis en bois s'étendent à perte de vue sur la droite, renforçant le caractère paisible et désert de la scène.

« Rien ne sert de courir après la marée, il faut l'attendre. » — Proverbe marin

Le paysage à nu

Ceux qui habitent la Vallée de la Rance comme en Baie de Saint-Malo connaissent ce spectacle déroutant. Deux fois par jour, l’eau se retire. Le paysage change radicalement. Là où il y avait une immensité bleue et dynamique, il ne reste que la vase, le sable, des rochers à nu, et des bateaux couchés sur le flanc, immobiles, comme des squelettes de bois. Pour le touriste de passage, ce « jusant » (la marée descendante et basse) est parfois décevant. C’est « moche », c’est vide, ça ne bouge pas.

Pour mes patients qui traversent l’après-cancer, le deuil ou le burn-out, la métaphore est immédiate. Ils se sentent comme la Rance à marée basse. L’énergie s’est retirée. Il ne reste que la fatigue, la lourdeur, et le sentiment d’être échoué sur la vase pendant que le monde continue de tourner à toute vitesse autour d’eux.

Plusieurs petits bateaux sont échoués sur une rive boueuse à marée basse, avec une balustrade en bois au premier plan et, à l'arrière-plan, des collines lointaines se découpant sur un ciel bleu limpide.

L'erreur de vouloir "remplir" à tout prix

Face à ce vide énergétique, notre réflexe (et celui de notre société de la performance) est de vouloir forcer le flot. On se dope au café, aux vitamines, on se force à « bouger », on culpabilise de ne rien faire. C’est une aberration physiologique.

La chronobiologie nous enseigne que tout organisme vivant fonctionne par cycles. L’alternance activité/repos (système sympathique/parasympathique) est la loi du vivant, tout comme l’alternance marée haute/marée basse est la loi de l’océan. Lutter contre la fatigue quand le corps réclame le jusant, c’est comme essayer de pousser la mer avec les mains pour qu’elle remonte plus vite. C’est non seulement inutile, mais cela épuise les dernières réserves.

La vase : une usine de vie silencieuse

Regardons la vase de plus près. Ce n’est pas de la boue morte. En écologie marine, l’estran à marée basse est une zone d’une richesse biologique inouïe. C’est là, dans ce calme apparent, que les micro-organismes travaillent, que les nutriments se recyclent, que la vie se régénère en profondeur.

Pour votre corps, c’est la même chose. Cette fatigue écrasante que vous ressentez après une chimiothérapie ou un choc émotionnel n’est pas du « rien ». C’est un temps de reconstruction cellulaire. Votre corps répare les tissus, nettoie les toxines, consolide la mémoire. C’est un chantier invisible qui demande une énergie colossale à l’intérieur, ne laissant rien pour l’extérieur.

Au premier plan, on aperçoit un rivage brumeux, avec du sable humide et des rochers épars ; au loin, les eaux peu profondes s'étendent à perte de vue et une bande de terre se profile à l'horizon.

La sophrologie : apprendre à "s'échouer" sans peur

Mon rôle de sophrologue, dans ces moments-là, n’est pas de vous dynamiser artificiellement. Il est de vous aider à accepter l’échouage. À travers des pratiques de relâchement profond, nous apprenons à ne plus lutter contre la pesanteur, mais à s’y déposer. Comme la coque du bateau accepte la vase.

Pourquoi est-ce rassurant ? Parce que nous avons une certitude absolue, dictée par les lois de la physique : le flot revient toujours. Jamais, dans l’histoire de la Rance, la marée n’a oublié de remonter. Votre vitalité reviendra. C’est une certitude biologique. Mais elle reviendra à son rythme, régi par vos propres lunes et vos propres marées intérieures.

Respecter son hiver intérieur

Alors que le mois de janvier nous inonde d’injonctions aux « nouveaux départs » et aux résolutions dynamiques, je voulais valider votre droit à la marée basse. Il est parfois difficile de sentir son énergie se retirer quand le calendrier nous somme d’avancer.

Pourtant, regardez dehors : la nature est en sommeil, la sève est descendue dans les racines. Votre corps, lui aussi, a parfois besoin de cet hiver. Si vous êtes en « jusant », ne le jugez pas. Ne forcez pas une vitalité qui n’est pas là. Laissez votre corps faire son travail de vase fertile dans le silence et le repos. Attendez le flot avec confiance, sans lutter contre la saison. Le printemps reviendra, et la marée remontera, c’est une certitude biologique.


Vous traversez une période de « basse mer » et l’hiver vous semble interminable ? Je vous accompagne pour transformer cette attente anxieuse en un temps de régénération profonde, pour préparer doucement le retour de votre vitalité.

Un petit cours d'eau serpente à travers un sol boueux parsemé de taches d'algues brunes, créant ainsi un paysage côtier riche en relief à marée basse.

Entre deux séances — la lettre de Marine

La dernière séance n’est jamais tout à fait la dernière.

Huit séances, parfois moins, et chacun reprend sa route. Mais je ne cesse pas de penser à vous pour autant. Alors, toutes les six semaines, je vous écris : ce qui m’a traversée depuis, un exercice à refaire chez vous, et deux ou trois lectures choisies parce qu’elles parlent de ce que vous vivez. Je n’y nomme jamais personne : ce qui se dit en séance reste en séance.

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