Sophrologue, psychologue, médecin : comprendre la complémentarité

Souvent orientés par des professionnels de santé, enfants et aînés découvrent en sophrologie un espace unique. Comprendre cette posture : ici, on ne rééduque pas, on cultive le vivant.

« On ne peut voir la lumière sans l'ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie. » — Carl Gustav Jung

« Je ne suis pas docteur » : l'importance vitale de ne rien avoir à réparer

Hier, j’ai rencontré un petit garçon d’une timidité bouleversante. Comme c’est très souvent le cas dans ma pratique, il ne m’a pas trouvée par hasard. Il m’a été adressé par un professionnel de santé de notre réseau local, entre Dinard, Saint-Malo et Dinan.

Sur notre territoire, nous avons la chance de compter des orthophonistes, des psychomotriciens, des pédopsychiatres et des psychologues d’une grande finesse. Ils accomplissent un travail clinique, diagnostique et rééducatif essentiel. Mais parfois, au cœur de cet accompagnement d’excellence, ces professionnels perçoivent qu’une tension intérieure bloque l’enfant. Ils estiment alors, avec beaucoup de justesse, que la sophrologie peut offrir un « pas de côté » nécessaire.

Pourtant, quand cet enfant arrive face à moi, son petit système nerveux est souvent sur le qui-vive. Et pour cause : il évolue dans un écosystème médicalisé où chaque adulte, bienveillant par ailleurs, attend de lui une progression, un effort, une correction.

La première urgence de notre rencontre a donc été de poser le cadre. De m’accroupir à sa hauteur et de lui glisser : « Tu sais, je ne suis pas docteur. Je ne suis pas psy. Ici, tu n’as pas de test à réussir, et je ne suis pas là pour te soigner. Il n’y a rien à réparer chez toi. »

Parfois, le plus grand soin que l’on puisse apporter à une personne, c’est de se présenter simplement en tant que personne humaine. Ce rire franc que vous voyez là, capturé dans l’instant au milieu des mâts, loin de tout cabinet, c’est l’anti-fonction par excellence. Ce petit pin’s ancre n’est pas une simple coquetterie. C’est le symbole de ce que je viens vous offrir : un port d’attache, un ancrage corporel, une pause au milieu des courants contraires de la médicalisation.

J’ai vu ses épaules redescendre d’un millimètre. Le souffle s’est modifié. L’alliance pouvait commencer. Cette distinction entre guérir et accompagner n’est pas qu’une pirouette sémantique pour rassurer. C’est le fondement épistémologique de mon métier…

L'approche phénoménologique : accueillir plutôt qu'évaluer

Cette distinction n’est pas une simple phrase pour rassurer. C’est le fondement épistémologique de mon métier. Je passe une grande partie de mon temps libre plongée dans mes études universitaires de psychologie. C’est indispensable : la maîtrise de la psychopathologie et des neurosciences me permet de garantir un cadre sécuritaire et de comprendre aussi finement que possible les diagnostics posés par les médecins.

Mais, paradoxalement, tout ce bagage clinique, je le laisse à la porte de la séance. L’expertise médicale cible le trouble (la dyslexie, l’hyperactivité, la pathologie). Elle évalue, elle traite, elle compense. La sophrologie, ancrée dans la phénoménologie (l’étude de ce qui apparaît à la conscience, sans jugement), regarde exactement dans la direction opposée. Mon regard ne se pose pas sur ce qui dysfonctionne, mais sur les espaces qui sont intacts. Je cherche la zone de l’enfant qui sait respirer calmement, celle qui sait imaginer, celle qui sait se relâcher.

En orientant la conscience vers ses capacités (respirer calmement, ressentir ses appuis, mobiliser son imaginaire pour construire sa « cabane intérieure »), je ne traite pas une maladie. Je permets à son système nerveux parasympathique de prendre le relais. Je l’outille. Je lui apprends à réguler lui-même son stress pour que son trouble prenne moins de place au quotidien.

Le parallèle avec le grand âge : redevenir un "Sujet"

Cette densité du parcours de soin, je l’observe avec la même acuité aux deux extrémités de la vie. Les aînés que j’accompagne, à domicile ou en institution, voient souvent leurs journées rythmées par un défilé nécessaire, mais continu, de soignants : infirmiers, kinésithérapeutes, cardiologues. Sous le poids de ce suivi, leur corps devient fatalement un objet d’attention médicale constante. C’est une attention vitale pour leur santé, bien sûr, mais elle peut devenir épuisante pour leur identité profonde.

C’est pour illustrer cette quête d’identité que vous croisez parfois le visage de Emmanuel au fil de mes articles. Il est devenu une sorte de connaissance familière, un visage récurrent du blog qui symbolise parfaitement l’aîné tel que je l’aborde en séance. Regardez-le, posé dans son bateau, le regard porté au loin. Son corps, marqué par le temps et l’encre de ses tatouages, raconte une histoire, une traversée. Il n’est pas un diagnostic ; il est un homme entier, souverain, en pleine possession de son paysage intérieur et de son corps ressenti.

Lorsqu’ils me rencontrent, l’enjeu est précisément de retrouver cet état de présence à soi. Je ne viens pas prendre leur tension ou évaluer leur mémoire. Je viens leur offrir une parenthèse où l’on ne demande rien à leur corps, si ce n’est d’être vécu. Pendant une heure, ils ne sont plus des « patients » définis par leur arthrose ou leur rythme cardiaque. À l’image de notre capitaine silencieux, ils redeviennent des sujets entiers, maîtres à bord de leur intériorité.

Un maillage au service de l'humain

C’est là que réside toute la puissance de la pluridisciplinarité. Le médecin soigne la maladie. Le rééducateur corrige la fonction. Et, en parallèle, dans des lieux parfois insolites, face à la mer ou dans l’intimité d’un salon, le sophrologue accompagne la personne.

Offrir cet espace dépourvu d’injonctions médicales permet au système nerveux de relâcher sa vigilance (baisse du cortisol, activation du système parasympathique). Et c’est bien souvent depuis cet espace de repos profond, où l’on a le droit d’être « imparfait », que l’on trouve l’énergie nécessaire pour poursuivre sereinement son parcours de soin avec les autres professionnels.

*** Si vous ou votre enfant êtes engagés dans un parcours médical exigeant, n’hésitez pas à vous offrir ces espaces de respiration. Nous travaillerons toujours en complémentarité avec vos professionnels de santé, pour remettre de l’oxygène là où la pression s’accumule.

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