Retour sur le documentaire « Les Oiseaux de Pluie ». Une réflexion sur le deuil, non comme une pathologie à guérir, mais comme un paysage à traverser. Apport de la sophrologie et références littéraires.
Oser traverser l'orage pour retrouver le ciel...
Il est des silences qui en disent plus long que les discours. Fin novembre, à Dinard, lors de la projection du documentaire Les Oiseaux de Pluie, c’est ce silence-là que nous avons partagé. Un silence dense, chargé d’humanité, qui s’installe lorsque l’on touche à l’universel : la perte, le manque, et cette incroyable pulsion de vie qui persiste malgré tout.
Je voulais revenir sur ce film, non pour en faire la critique, mais parce qu’il offre une résonance puissante avec ce qui se joue, chaque semaine, dans l’intimité des sséances de sophrologie. Il pose des mots justes sur une réalité que notre société aseptisée tente souvent de cacher.
De la "guérison" à la "traversée"
Dans le film, une phrase claque comme une vérité nue : « C'est de la souffrance, mais il va falloir oser la traverser. »
Nous vivons une époque qui nous presse de « faire notre deuil », comme on ferait une liste de courses ou un dossier administratif. Il faudrait aller bien, vite. Pourtant, les études en psychotraumatologie et en neurosciences nous montrent que le déni ou l’injonction à la positivité sont des impasses. Le psychiatre Christophe Fauré, spécialiste du deuil, rappelle souvent que le deuil n’est pas une maladie dont on guérit, mais un processus de cicatrisation. On ne revient pas à l’état antérieur ; on devient quelqu’un d’autre, qui a intégré l’absence.
En sophrologie, nous validons cette approche. Vouloir « gérer » sa peine ou la « supprimer » crée une tension musculaire et psychique épuisante (le fameux cortisol qui sature le système). Accepter de la traverser, c’est accepter d’être mouillé par la pluie, pour reprendre la métaphore du film, sans se noyer.
Les oiseaux ne s'arrêtent pas de voler quand il pleut
L’image centrale du documentaire est magnifique de justesse biologique. Les oiseaux ne se posent pas en attendant que l’orage passe. Ils adaptent leur vol. Ils utilisent les courants, même contraires.
C’est exactement le travail que nous menons ensemble. Dans ma pratique, je rencontre souvent cette tentation bien humaine : celle de vouloir s’anesthésier face à la douleur de la perte. On voudrait ne pas sentir, ne pas pleurer, « être fort ». Pourtant, sur le plan physiologique, nier une émotion ne la fait pas disparaître ; cela la cristallise dans le corps sous forme de tensions, d’insomnies ou d’épuisement.
La sophrologie ne promet pas d’effacer la pluie. Ce serait un mensonge. Elle nous enseigne, à l’image de ces oiseaux, à voler sous la pluie…
Le travail que nous faisons ensemble en séance vise à construire une forme de sécurité intérieure. Si le paysage extérieur est dévasté par l’absence, il s’agit de retrouver, millimètre par millimètre, la sensation de ses propres appuis. Sentir que si le cœur est en tempête, les pieds, eux, sont toujours posés sur le sol. Que le souffle continue d’aller et venir.
C’est ce que j’appelle « l’ancrage dans le vivant ». Ce n’est pas de l’oubli, c’est de la vitalité qui persiste à côté de la tristesse :
Sentir que les pieds touchent le sol.
Sentir que le souffle, ce mouvement involontaire et constant, continue de nous bercer.
Sentir que, même au cœur de la tristesse, il existe dans le corps des espaces neutres, des îlots de calme.
C’est s’ancrer dans le vivant pour supporter le vide.
Pour aller plus loin : la lecture comme baume
Si ce sujet résonne en vous, ou si vous accompagnez un proche dans cette traversée, je ne peux que vous recommander de voir ce film s’il repasse près de chez nous. C’est un outil de « médiation » : il permet de pleurer ou de comprendre, sans avoir besoin de parler de soi.
Pour prolonger cette réflexion avec douceur, je vous conseille également la lecture de « La plus que vive » de Christian Bobin. Avec une poésie fulgurante, il y écrit : « La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tout sens. Ensuite, grands ronds sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence enrichi. »
C’est vers ce silence enrichi, apaisé, que la sophrologie tente humblement de vous guider. Non pas pour oublier ceux qui sont partis, mais pour apprendre à respirer avec leur souvenir, doucement.
Si vous ressentez le besoin de déposer votre fatigue, sachez que ma pratique ne s’enferme pas entre quatre murs. Je viens à votre rencontre ou nous choisissons ensemble un lieu — face à la mer, en nature ou dans un espace qui fait sens pour vous — pour retrouver votre souffle. Nous avancerons à votre rythme, là où vous êtes.
Prendre rendez-vous
Vous êtes décidé(e) ? Je suis à votre écoute pour organiser notre rencontre. Remplissez simplement ce formulaire pour commencer.



