L’attente en EHPAD est physiologiquement coûteuse. En mobilisant le nerf vague, nous transformons la passivité du corps en récupération active. Plus qu’une séance, c’est une reprogrammation du calme par le souffle…
Ce matin, je suis arrivée à l’EHPAD avec une thématique en tête : le sommeil. Mais en franchissant la porte, j’ai senti que le scénario allait s’écrire autrement. Dehors, la pluie battait les vitres et la lumière grise du lundi pesait sur les épaules.
Pour braver la bruine malouine, j’avais dégainé mon pull bleu et mon plus beau bonnet rouge. Une petite armure de couleurs pour envoyer un signal clair aux résidents avant même le premier mot : même si le ciel fait grise mine, nous allons rallumer la lumière à l’intérieur.
Quand l’anxiété se déguise en fatigue
Face à moi, dix résidents. Dix histoires, dix humeurs hétérogènes. J’ai vite compris que leur parler de « nuit » alors que la journée réclamait du courage serait un contresens.
Le manque d’énergie du lundi est rarement une question de vitamines. C’est souvent le poids d’une anxiété sourde ou le silence d’un week-end sans visite. Il y a ceux dont le regard cherche une porte restée close, et ceux pour qui le temps s’est brouillé, se demandant avec une pointe d’inquiétude pourquoi ils sont là.
Comme le dit Boris Cyrulnik : « L’absence est une présence qui nous dévore. » Mon rôle n’est pas d’effacer cette absence, mais d’offrir un refuge. Nous avons donc pivoté : la séance « Sommeil » est devenue une opération « Chasse à la fatigue ».
Un voyage immobile, dix destinations
C’est la magie de la sophrologie collective : créer une unité dans la diversité. J’ai lancé l’invitation au voyage, et chacun s’est emparé de sa propre boussole pour une véritable géographie intérieure :
Certains ont mis le cap dans d’autres océans cherchant une chaleur exotique pour réchauffer leurs articulations.
D’autres sont restés ici, dans la région, mais dans un souvenir de printemps baigné de soleil.
Pour ceux qui n’arrivaient pas à voyager ou qui oubliaient le « pourquoi » de leur présence, nous avons travaillé sur l’ancrage. La sensation du fauteuil, le poids des pieds sur le sol.
C’est ce que les Japonais appellent le Ichi-go Ichi-e : une fois, une rencontre. Même si l’on oublie la séance la minute d’après, l’apaisement, lui, s’inscrit dans la mémoire du corps.
Le thème n’est jamais la finalité
Cette séance m’a rappelé que mon métier est une matière vivante. Le thème prévu n’est qu’un prétexte pour répondre à l’appel de l’instant. Nous avons expiré la grisaille et inspiré de la lumière dorée.
Nous sommes sortis de cette heure ensemble non pas prêts à dormir, mais prêts à vivre la journée. La pluie tombait toujours dehors, mais dans la salle, avec mon bonnet rouge et leurs sourires, le soleil était revenu par l’intérieur.
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