Du 5 au 11 octobre, la Semaine Bleue invite à relier les générations. Ce que les âges s’apportent, ce que Saint-Malo en fait, et deux exercices de sophrologie à faire à deux pendant les vacances.
« Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. » — Antoine de Saint-Exupéry
Du 5 au 11 octobre, la Semaine Bleue a pour thème « Relions tous les âges ». C’est mon métier en trois mots. Voici ce que les générations s’apportent, ce que Saint-Malo en fait, et deux exercices à faire à deux pendant les vacances qui arrivent.
Deux âges qui se voient de moins en moins
J’accompagne les deux bouts de la vie : des enfants à partir de 6 ans, des adolescents, et nos aînés, à domicile ou en EHPAD. Ce que je constate d’un côté éclaire l’autre, et pourtant les deux se croisent de moins en moins. Les familles bougent, les grands-parents vivent loin, ou ne sont plus là. Beaucoup d’enfants n’ont pas, sous la main, quelqu’un qui a vécu une autre vie, un autre monde, et avec qui discuter sans enjeu.
La perte est dans les deux sens. Pour l’enfant, parler avec quelqu’un qui a quatre-vingts ans d’expérience est toujours enrichissant, même quand il n’écoute qu’à moitié. Pour l’aîné, faire une activité avec un jeune, c’est perdre quelques préjugés sur « la jeunesse », et souvent retrouver une raison de se lever le matin. J’en parlais dans D’une génération à l’autre : nos rapports au temps ne sont pas les mêmes, et c’est précisément ce qui fait la richesse de la rencontre.
Relier les âges, ce n’est donc pas une jolie formule. C’est un besoin, des deux côtés.
Une semaine nationale, portée par les communes
La Semaine Bleue existe depuis 1951. C’est la semaine nationale des retraités et des personnes âgées, avec un thème chaque année, qui rassemble ce que les aînés font pour les autres et ce que la société fait pour eux. Sur le terrain, ce sont les communes qui la font vivre, comme elles veulent et comme elles peuvent.
À Saint-Malo, la Ville publie chaque année le programme et se fait surtout le relais de ce qui existe déjà : les activités des associations, des établissements, des services. On y trouve des rendez-vous créés pour l’occasion, ouverts à tous, et des activités qui existent toute l’année mais dont le public est fermé : quand des élèves d’une école rendent visite aux résidents d’un EHPAD, c’est précieux, mais ce sont ces élèves-là et ces résidents-là. Pour une famille, ou pour une praticienne comme moi qui n’est pas une association, il n’est pas simple d’y entrer.
Je le dis sans reproche. Une commune a bien d’autres sujets, et relayer, c’est déjà faire. Mais c’est une date fixe, chaque année, et une date fixe se prépare. Alors une idée, simple, pour 2027 : une journée complète, le samedi de la Semaine Bleue, dans les maisons de quartier de la ville. Des arts créatifs, des jeux, une chasse au trésor, du yoga, de la sophrologie, de la gym douce, peu importe, pourvu que l’activité relie les deux publics et qu’elle soit ouverte. Et, dans un coin de chaque maison, de l’information sur la solitude, celle des aînés comme celle des jeunes, parce que c’est le vrai sujet derrière le thème. J’y serais volontiers, et je ne dois pas être la seule.
En attendant, deux exercices à faire à deux
Les vacances de la Toussaint commencent le 17 octobre, six jours après la fin de la Semaine Bleue. C’est souvent là que les petits-enfants passent quelques jours chez leurs grands-parents. Voici deux exercices de sophrologie à faire à deux, cinq minutes chacun, sans matériel, assis face à face à la table de la cuisine. L’un passe par les mains, l’autre par le souffle.
1. Le miroir des mains
On s’assoit face à face, les genoux presque à se toucher. On lève les deux mains à hauteur des épaules, paumes vers l’autre, sans se toucher, à quelques centimètres. Le grand-parent commence : il bouge une main, très lentement, comme dans l’eau ; l’enfant la suit avec la sienne, comme un reflet dans un miroir. Puis l’autre main. Puis les deux. On ne parle pas, on respire par le nez, et on regarde les mains, pas les yeux.
Au bout d’une minute, on échange : c’est l’enfant qui mène, le grand-parent qui suit. Une minute encore. Pour finir, les deux posent lentement leurs mains sur la table, paumes vers le bas, et gardent une grande respiration ensemble. Si l’un des deux a du mal à lever les bras, on le fait mains posées sur la table, avec les doigts seulement. Si l’enfant est petit, une minute suffit.
2. Le souffle partagé
Toujours assis face à face. Chacun pose une main sur son propre ventre, et l’autre main sur l’épaule, ou dans la main, de la personne en face. On fixe un point entre soi, ou on se regarde dans les yeux, comme on préfère.
Puis, ensemble : on inspire par le nez sur quatre temps, en sentant le ventre se gonfler sous la main ; on souffle doucement par la bouche sur six temps, comme pour faire vaciller la flamme d’une bougie imaginaire posée entre les deux, sans l’éteindre. Le grand-parent compte à voix basse les premières fois, puis plus personne ne compte : le souffle de l’un donne le rythme à l’autre. Dix respirations, pas plus, environ deux minutes. On termine en laissant la main sur l’épaule quelques secondes de plus, en silence. Pour un enfant de 6 ou 7 ans, on remplace les temps par des images : on sent l’odeur d’une fleur, on souffle sur la bougie.
Pourquoi ça marche
Le souffle est le point de départ de tout relâchement. Une expiration plus longue que l’inspiration, c’est le levier le plus simple que nous ayons sur le système nerveux parasympathique, celui du repos : le cœur ralentit, les épaules descendent. Ce rythme d’environ six respirations par minute est celui que l’on retrouve dans la cohérence cardiaque, dont les effets sur la variabilité du rythme cardiaque sont bien documentés. J’en parlais à propos du nerf vague.
Et à deux, il se passe quelque chose de plus. Les recherches sur la co-régulation montrent que deux personnes proches, qui respirent ou bougent ensemble, voient leurs rythmes physiologiques se rapprocher : le calme de l’un passe dans le corps de l’autre. Chez l’enfant, c’est même ainsi que se construit, dès le plus jeune âge, la capacité à se calmer seul. C’est ce que je décrivais dans L’enfant éponge, et c’est exactement ce que ces deux exercices mettent en jeu, dans le bon sens : l’enfant apprend qu’on peut mener sans se presser, le grand-parent que suivre n’est pas subir. Et l’on rit souvent à la fin, ce qui n’est pas un effet secondaire.
Relier les âges, toute l'année
Une semaine, c’est une occasion, pas une solution. Ce que j’observe en EHPAD, où j’anime des séances chaque semaine, c’est que les visites d’enfants transforment une salle : les regards se lèvent, les mains se tendent, des résidents qui ne parlaient plus racontent. Et ce que j’observe à domicile, chez les enfants, c’est qu’un grand-parent qui prend dix minutes pour faire quelque chose avec eux, sans écran et sans enjeu, laisse une trace que les parents n’ont pas toujours le temps de laisser.
Le lien entre les âges ne demande ni programme ni budget : une table, dix minutes, et quelqu'un qui commence.
Ces deux exercices sont faits pour ça. Ils valent aussi entre un aidant et son parent âgé, entre un parent et son enfant le soir, ou dans une salle d’EHPAD un jour de visite. La Semaine Bleue le rappelle une fois par an ; les vacances de la Toussaint durent deux semaines, et chaque jour peut commencer par une bougie qu’on ne souffle pas.
Pour aller plus loin
- Feldman, R. (2007). Parent–infant synchrony and the construction of shared timing. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 48(3-4), 329–354.
- Lehrer, P. M., & Gevirtz, R. (2014). Heart rate variability biofeedback: how and why does it work? Frontiers in Psychology, 5, 756.
- Semaine Bleue 2026 : « Relions tous les âges », UNCCAS
Marine Quinquenel, sophrologue certifiée, accompagne les enfants dès 6 ans, les adolescents, les aînés et leurs aidants, à domicile entre Saint-Malo, Dinard et Dinan, et anime des ateliers en groupe dans les établissements. Vous êtes une maison de quartier, une association, un établissement ? Parlons d’un atelier.



